Sériesophie

Nos séries ont-elles une utilité collective ?

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 Au-delà de l’expérience individuelle que constitue le visionnage de séries (traitée ici), l’imaginaire collectif, mythologique, qu’elles charrient, leur mode de création, production, diffusion et consommation à échelle industrielle, de masse, sans oublier le vécu partagé qu’elles mobilisent (actualité et mode de vie) en font un phénomène social de premier plan.

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Nos séries ont-elles une utilité individuelle ?

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Nous sommes tous bien sûr enclins à  admettre que la raison principale pour laquelle nous nous plongeons régulièrement, voire pour certains d’entre nous presque constamment, dans l’univers que nous proposent nos séries préférées, consiste dans le plaisir que nous y prenons. L’évasion, le rire, la découverte, la catharsis, éventuellement, toutes ces facettes de notre expérience spectatorielle font de ce temps de visionnage de bons moments, globalement satisfaisants.

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Lost et Nietzsche

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Comme toute grande série, Lost peut faire l’objet d’interprétations et de lectures les plus diverses sans pour autant épuiser son sujet. La question du sens me semble cependant y être plus centrale, plus déterminante, plus interpellante qu’ailleurs.

Il y a bien sûr cette fin que l’on ne se lasse de discuter encore et encore. Mais celle-ci n’est l’objet de tant d’attention que parce que, un mystère après l’autre, au fil des épisodes, au fil des saisons, la série n’a eu de cesse de soulever, chez ses personnages, comme chez ses spectateurs, la question du pourquoi. Pourquoi appuyer sur le bouton, pourquoi les monstres les plus divers, pourquoi les mises à l’épreuve et les guérisons, pourquoi partir, pourquoi rester, pourquoi revenir, pourquoi les autres, pourquoi les enfants, pourquoi l’élasticité du temps, … ?

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Séries : la destination et le chemin

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En grandissant au sein d’une culture dans laquelle le cinéma et le roman représentaient encore il y a peu le modèle indépassable de la fiction, la consommation grandissante, voire frénétique pour les plus fous d’entre nous, de séries, ainsi que leur accession à une certaine légitimité, nécessite, me semble-t-il, de s’interroger un minimum sur ce que cette transformation peut signifier.

Qu’on le veuille ou non, regarder des séries ce n’est, en effet, pas la même démarche et cela ne répond d’ailleurs probablement pas non plus exactement aux mêmes besoins, que regarder un film. Le rapport au temps en est évidemment changé, et avec lui l’investissement exigé. La série apparaît plus modulable dans un emploi du temps de plus en plus explosé, ce qui procure une sensation de liberté et de facilité, mais entraîne également dans son sillage un attachement et parfois une addiction qui nous « contraint » finalement à y consacrer beaucoup plus de temps.

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Better Call Saul, leçon 1 : assume le clown en toi

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Voici qu’après dix petits épisodes, la première saison de Better Call Saul a trouvé sa conclusion. Deux constatations s’imposent pour commencer : la série a parfaitement tenu les promesses de son pilote et l’attente va sembler longue avant de connaitre la suite des aventures de Jimmy McGill.

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Rêve et réalité

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Parmi les nombreuses questions que ressassent en permanence les séries télévisées contemporaines, celle de la nécessité du réalisme est omniprésente. L’époque est parait-il à la difficulté d’accepter l’écart existant entre nos rêves, nos idéaux, et le réel qui leur résiste.
Cette tension, nous pouvons la retrouver dans nos fictions sous de nombreuses formes : le caractère trompeur des apparences (Desperate Housewives, …), la dépression (The Sopranos, …), la difficulté à ce qu’un plan se déroule sans accro (Breaking Bad, …) ou simplement à mener un projet à bien (Episodes, …), les fossés qui séparent bien souvent notre image de nous et celle que nous renvoient les autres (Girls, …) ou bien entre nos idéaux et leur mise en œuvre (Veep, …), l’absence de sens nous aidant à mener nos vies (Community, …) ou même l’absence de réalité partagée (The Affair).

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The Affair : la mécanique des corps ou autopsie d’un malentendu

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Probablement l’une des nouveautés les plus enthousiasmantes de la rentrée 2014-2015, The Affair, diffusée sur Showtime, séduit par une mise en scène envoûtante, des personnages charnels, ancrés dans les corps de leurs interprètes, et un procédé narratif original. Si son titre laissait présager le récit d’une rencontre, d’une passion, d’un amour éventuellement, très vite il devient évident que l’essentiel de ce que l’on se propose de nous raconter se situera ailleurs.

Dès les premières minutes, la mort étend son voile sur les personnages, comme sur les paysages. Le ressac des vagues, le vent enivrant, la friabilité du sable, tout nous rappelle à la fois l’implacable course du temps et son reflux perpétuel. La mémoire, impuissante, insignifiante, n’est plus qu’un empilement aléatoire d’instants. Les événements d’hier semblent se mêler à ceux d’aujourd’hui sans que rien ne nous permette de véritablement approcher une quelconque vérité.

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Game of Thrones : un puritanisme pragmatique

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On peut faire du sexe une des composantes principales d’un récit et tenir un propos puritain, c’est une des leçons que nous aura apprise Game of Thrones. Si l’on y pense, cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant : la place accordée à un sujet en démontre son importance mais n’indique absolument pas la manière dont il sera traité.

Dans le cas qui nous occupe, la représentation de la sexualité détient manifestement une des clés d’interprétation majeure du propos de la série. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire dans un premier temps, elle n’est ici absolument pas le signe d’une libération des esprits faisant voler en éclats les tabous les plus ancrés, celui de l’inceste en tête. Au contraire, un examen un peu plus approfondi révèle assez rapidement une conception extrêmement stigmatisante du sexe, sous toutes ses formes.

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Breaking Bad et le Mal

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Ça a été dit et redit, Breaking Bad retrace sur cinq saisons la naissance et la croissance du Mal. Un monsieur tout le monde, en apparence du moins, voit peu à peu son visage changer du tout au tout lorsqu’il apprend qu’il n’a plus rien à perdre. Si l’on se concentre sur cette métamorphose, la série prend des accents de tragédie classique : assez rapidement il devient évident que le Mal qui anime Walter White, c’est son orgueil. On voit l’Ubris pointer le bout de son nez et on applaudit cette réinterprétation contemporaine d’un thème millénaire.

Pourtant, je suis intimement convaincu que cette figure du héros dévoré par son égo, dont la présence est indubitable, ne constitue pas le noyau du propos de la série sur la nature du Mal. A côté des scènes nous représentant un Walter en manque de reconnaissance, cherchant à reprendre le pouvoir sur sa vie et sur les autres, il en est tant qui nous le montre minable, paniqué, défait, malade et isolé par sa folie, qu’on ne peut prétendre longtemps qu’il s’agit là d’une figure exemplaire du personnage enivré de puissance.

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New Girl ou l’insoutenable gravité de l’existence

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En nous proposant de suivre les histoires d’amour, d’amitié, de travail de quelques trentenaires, qui se trouvent être colocataires, New Girl a toutes les apparences de la comédie classique. Diffusée sur la FOX, d’un format sitcom, avec des décors lumineux et colorés et une actrice principale très en vue, rien ne permet à priori d’en attendre plus qu’un moment de détente avec des personnages drôles et attachants.

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